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Les aînés « défenseurs » de leurs droits… qu’en est-il exactement?

person_marie-eve-bedardMarie- Ève Bédard, M.A., étudiante au Ph. D., en gérontologie, Université de Sherbrooke, Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées Boursière, Fond de recherche du Québec, Société et Culture (FRQSC) Chargée de projet – Comité Milieu de Vie (CMV), AQDR de Trois-Rivières

 

Le pouvoir d’agir des aînés est un sujet d’actualité considérant l’augmentation en nombre de gens âgés à travers le monde (Institut de la statistique du Québec, 2009). L’hétérogène population aînée, due à la différence des parcours de vie, invite à penser le vieillissement en termes de fragilités et de pertes non comblées, mais également en termes de considération des individus — acteurs de leur expérience de vie —, ayant des droits, et manifestant une certaine résistance (Deveaux, 1994). Le présent article traitant de la vision active du vieillissement des individus porteurs de droits et fervents défenseurs de ceux-ci.

Le pouvoir d’agir des aînés réfère, dans les écrits gérontologiques, à l’« empowerment » (Charpentier & Soulières, 2007; Morell, 2003; Heumann, McCall, & Boldy, 2001). Il s’agit d’un processus caractérisé par le développement ou le renforcement de l’autonomie des groupes ou des individus exclus de la société, de manière à favoriser l’amélioration de leurs conditions de vie. Ce processus mobilise le pouvoir personnel, interpersonnel social et politique (Charpentier & Soulières, 2007) dans la contestation et la critique du système et des institutions sociales en place (Damant, Paquet & Bélanger, 2001), visant l’engendrement d’un changement dans les conditions qui oppriment ou violent leur liberté. En effet, la défense des droits des aînés permet aux individus de se définir en tant que personne et d’affirmer leur identité. Elle mobilise les ressources et rassemble les individus pour qu’ils agissent collectivement afin de surmonter les différentes formes d’aliénation commises par la culture dominante ou bien les proches. Elle vise la modification des environnements sociaux et matériels (Dorvil, 2005) de par l’augmentation de l’accès au pouvoir (McKay, 1998).

Cette mobilisation des aînés dans la défense de leurs droits repose sur la promotion de valeurs telles que le respect de la dignité humaine, la protection et l’équité des hommes (Laudy, 2008). Elle peut se faire de différentes façons, considérant l’existence de plusieurs types d’empowerment (ex. l’empowerment structurel ou technocratique). Elle se traduit notamment par des activités de représentation permettant de porter la parole, d’accompagner et d’écouter les autres aînés (Gucher & Laforgue, 2009). Ce que font, entres autres, les individus s’impliquant dans les comités de milieu de vie présents dans les résidences privées pour les aînés.

Cette capacité à se positionner en tant que citoyen porteur de droits et fervent défenseur de ceux-ci étant conditionnée par les histoires de vie des aînés et les interactions avec leur entourage (Scodallero, 2006) (d’où l’intérêt des politiques sociales actuelles favorisant l’intégration de la population, à tous les âges de la vie, à la société, comme celle développée par le Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec nommée Vieillir et vivre ensemble chez soi dans sa communauté au Québec). Cette mobilisation des aînés dans la défense de leurs droits prend forme à la suite de la reconnaissance d’iniquités sociales pouvant les avoir affectées personnellement ou un de leurs proches. Les aînés s’engageant dans cette lutte, le font, entre autres, par devoir de citoyen et pour l’amélioration de leur avenir (Morin & Beaulieu, 2009).

En terminant, la défense des droits des aînés constitue l’un des mécanismes de lutte contre la maltraitance. La réalité étant que certaines personnes aînées subissent différentes violations de leurs droits (ex. la discrimination). De même, cette mobilisation des aînés, cet engagement, contribue notamment à l’éradication des inégalités sociales, économiques et de santé, pour l’atteinte d’un objectif visant le respect de la dignité humaine et la prévention des offenses (Patterson & Malley-Morrison, 2006).

Bibliographie

Charpentier, M. & Soulières, M. « Pouvoirs et
fragilités du grand âge », Nouvelles pratiques
sociales, 19, 2007, p. 128-143.

Damant, D. Paquet, J. & Bélanger, J.
« Recension critique des écrits sur
l’empowerment, ou quand l’expérience de
femmes victimes de violence conjugale fertilise
des constructions conceptuelles », Recherches
féministes, 14, 2001, p. 133-154.

Deveaux, M. «Feminism and Empowerment : A
Critical Reading of Foucault», Feminist
Studies, 20, 1994, p. 223-247.

Dorvil, H. « Nouveau plan d’action : quelques
aspects médicaux, juridiques, sociologiques de
la désinstitutionnalisation », Cahiers de
recherche sociologique, 41-42, 2005, p. 209-235

Gucher, C. & Laforgue, D. « L’accès aux sphères
sociale et politique des retraités : quelles
formes de participation et de représentation? »,
Retraite et société, 3, 2009, p. 117-136.

Heumann, F. L., McCall, M. E. & Boldy, D. P.
Empowering Frail Elderly People : Opportunities
and Impediments in Housing, Health, and
Support Service Delivery, Westport, «Praeger
Publishers»,

Institut de la statistique du Québec, Perspectives
démographiques du Québec et des régions,
2006-2056, Québec, « ISQ », 2009.

Laudy, D. « Les enjeux éthiques du
vieillissement : autonomie, solitude ou
sollicitude? », Éthique publique, 10, 2008, p. 11.

McKay, C. « A New Consciousness
Trudging Toward Leadership», Educationa
l Gerontology, 34, 2008, p.670-690;

Rebecca Morrison Van Voorhis, «Culturally
relevant practice: A framework for teaching the
psychological dynamics of oppression», Journal
of Social Work Education, 34, 1998, p. 1–14.

Morell, C. M. « Empowerment and Long-Living
Women: Return to the Rejected Body», Journal
of Aging Studies, 17, 2003, p. 69-85.

Morin, C. & Beaulieu, M. « L’engagement de
représentation des retraités dans la défense de
leurs droits : Une étude de cas à partir des
dirigeants régionaux de l’AQRP », Vie et
Vieillissement, 7, 2009, p. 31-37.

Patterson, M. & Malley-Morrison, K. « A
Cognitive-Ecological Approach to Elder Abuse
in Five Cultures : Human Rights and
Education», Educational Gerontology, 32,
2006, p. 73-82

Scodellaro, C. « La lutte contre la maltraitance
des personnes âgées : politique de la
souffrance et sanitarisation du social », Lien
social et Politiques, 55, 2006, p. 77-88

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