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Christian Dubé en 2022, alors qu’il était ministre de la Santé, dans son bureau de l’Assemblée nationale
Arrivé aux commandes du ministère de la Santé en pleine pandémie, les débuts de Christian Dubé ont été pour le moins agités dans ce poste. Il a poursuivi avec un vaste plan de redressement et la création de Santé Québec, une nouvelle entité dont les preuves restent à faire.
La tempête COVID-19

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Le ministre de la Santé Christian Dubé en marge d’un point de presse sur la campagne de vaccination contre la COVID-19, en juin 2021
François Legault rétrograde la ministre de la Santé Danielle McCann et confie les rênes de ce mammouth à Christian Dubé au sortir de la première vague de la pandémie de COVID-19. Alors président du Conseil du trésor, M. Dubé accepte « le plus grand défi de gestion du Québec » lancé par le premier ministre, de qui il est proche. Son mandat : s’attaquer à la lourdeur administrative du réseau, maintes fois démontrée depuis le début de la crise, rendre les hauts gestionnaires plus « imputables » et moderniser un système d’information « qui date de l’âge de pierre ». Les deux premières années sont marquées par les vagues subséquentes du virus, notamment celle avec le variant Omicron, qui force à la dernière minute l’annulation des rassemblements des Fêtes. M. Dubé vit cette période difficilement.
Le Plan santé
Au moment où les consignes sanitaires disparaissent, Christian Dubé planche sur une stratégie de redressement du réseau de la santé et des services sociaux, qui est en lambeaux après deux ans de pandémie. Il présente son Plan santé en mars 2022. Il mise sur le recrutement massif de personnel, un meilleur accès aux données, la construction de nouveaux hôpitaux et toujours la reddition de comptes, « l’imputabilité » des gestionnaires. Il promet à l’époque de faire bouger l’aiguille « sur l’horizon 2025 ». Des améliorations s’observent quant au recours au « temps supplémentaire obligatoire » et à l’accès aux données, mais le rattrapage en chirurgie tarde et l’attente aux urgences est toujours aussi longue. Amateur de chiffres, Christian Dubé met en place son fameux tableau de bord, qui contient une foule de données sur l’état du réseau. C’est aussi à cette l’époque qu’il conclut une entente avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec pour créer le Guichet d’accès à la première ligne, le GAP, qui permet un meilleur accès aux soins pour les patients sans médecin de famille.
La fin des agences
En février 2023, Christian Dubé dépose le projet de loi 10 pour sevrer le réseau de la santé et des services sociaux du recours aux agences privées de placement d’ici 2026. L’utilisation de la main-d’œuvre indépendante venant de ces agences a explosé pendant la pandémie et entraîne des coûts faramineux. Or, les gestionnaires peinent à s’en priver. M. Dubé propose un plan de retrait progressif, en trois phases, pour tenir compte de la situation de régions comme la Côte-Nord et l’Abitibi-Témiscamingue, où la dépendance aux agences est plus forte. Après un premier report, en août 2024, il garde le cap sur les autres échéances. Aujourd’hui, il n’y a presque plus de main-d’œuvre provenant des agences, et des milliers d’employés ont intégré le réseau public. M. Dubé a aussi légiféré pour freiner le va-et-vient des médecins entre le régime public et la pratique privée, et pour forcer les nouveaux diplômés à pratiquer cinq ans au public.
Création de Santé Québec

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La PDG de Santé Québec, Geneviève Biron
Christian Dubé s’attaque à l’efficacité du mammouth de la santé et dépose sa vaste réforme – le projet de loi 15 – qui donnera naissance à Santé Québec. Le ministre promet de « shaker » les colonnes du temple : il veut que les médecins spécialistes en fassent plus, et compte libérer le réseau du « carcan syndical ». Il s’inspire du rapport de la Commission d’étude sur les services de santé et les services sociaux – le rapport Clair – qui recommandait en 2000 de créer une « agence nationale » axée sur les opérations. La réforme est très critiquée. Six anciens premiers ministres font même pression sur Christian Dubé pour qu’il recule, inquiétés par la fusion des établissements de santé qui ont des missions propres. La réforme Dubé est adoptée sous bâillon en décembre 2023. Il recrute la « top gun » Geneviève Biron, issue d’une entreprise privée du secteur de la santé, pour diriger la nouvelle société d’État. Santé Québec a soufflé sa première bougie le 1er décembre dernier. Le rattrapage en chirurgie va bien, le déficit budgétaire s’est résorbé, mais les écueils restent nombreux. Et le mammouth pèse encore plus lourd qu’avant la création de la nouvelle agence.
Loi 2
Christian Dubé lance un pavé dans la mare à la fin de la session parlementaire, au printemps dernier, en déposant le projet de loi 106, qui change le mode de rémunération des médecins. Le texte législatif lie leur rémunération à des indicateurs de performance, ce qui provoque l’ire des fédérations médicales. À l’automne, devant l’impasse des négociations et les moyens de pression qui perturbent l’enseignement en médecine, il sort l’artillerie lourde avec sa loi 2, qui prévoit de sévères sanctions et un système de surveillance. La loi 2 est adoptée sous bâillon le 25 octobre, et déclenche un bras de fer qui plongera le gouvernement Legault dans une crise importante.
SOURCE: Démission de Christian Dubé | Un héritage en cinq temps | La Presse

