La démission de Christian Dubé a été un « coup difficile à encaisser », a déclaré François Legault.

Sonia Bélanger a été assermentée vendredi comme ministre de la Santé. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Le suspense n’aura pas duré : moins de 24 heures après la démission fracassante du ministre de la Santé Christian Dubé, Sonia Bélanger a été choisie vendredi pour prendre le relais.
Déjà ministre responsable des Services sociaux, ministre déléguée à la Santé, ministre responsable des Aînés et des Proches aidants ainsi que ministre responsable de la région des Laurentides, c’est une nouvelle responsabilité qui vient s’ajouter aux fonctions de Mme Bélanger. Et non la moindre.
Le défi est gigantesque et je me sens en mesure de relever ce défi
, a affirmé la principale intéressée, dans une courte déclaration vendredi après son assermentation, vers midi.
Son arrivée en poste survient au moment même où la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) vient d’entériner à 97 % l’entente de principe conclue avec le gouvernement la semaine dernière. Cet accord forcera Québec à abandonner de nombreuses réformes prévues dans la loi 2, dont l’adoption avait entraîné un torrent de protestations chez les médecins.
Même au moment où des députés caquistes peinaient à défendre ce texte législatif, qui a poussé le ministre responsable des Services sociaux de l’époque, Lionel Carmant, vers la porte de sortie, Sonia Bélanger s’est avérée une fidèle alliée du premier ministre François Legault. Elle a continué de défendre la loi 2 et son adoption sous bâillon.

En octobre, Lionel Carmant a annoncé avec émotion qu’il quittait ses fonctions de ministre responsable des Services sociaux de même que la CAQ en raison du déchirement provoqué dans sa famille par l’adoption du projet de loi 2 sur le mode de rémunération des médecins. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Vendredi, la nouvelle ministre s’est dite réjouie de l’entente qui a été annoncée il y a quelques heures
.
J’ai l’intention de travailler avec les médecins de famille du Québec, a-t-elle renchéri. Il y a un engagement ferme des deux côtés de rendre accessibles les soins et les services à la population québécoise. Ce sera ma priorité dans les prochaines heures et dans les prochains jours.
Députée depuis 2022 de la circonscription de Prévost, dans les Laurentides, Mme Bélanger est infirmière de formation.
Avant son arrivée sur la scène politique, elle avait notamment occupé les fonctions de PDG du CIUSSSdu Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, en pleine pandémie, et de directrice générale du CSSS du Sud-Ouest-Verdun.
Legault revient sur le départ de Dubé
Jeudi, le ministre Dubé a claqué la porte de la CAQ en affirmant qu’il n’était plus la bonne personne pour piloter les éventuels amendements à apporter à la loi 2, qui prévoit une réforme de la rémunération des médecins, à la lumière de l’entente de principe conclue avec les médecins de famille.
Dans les circonstances actuelles, c’est une décision difficile que je prends pour le bien des patients, des médecins et du réseau de la santé
, a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.
Dans une déclaration plutôt laconique, publiée jeudi, le premier ministre François Legault a indiqué respecter cette décision, dont il a été informé à peine 30 minutes avant que M. Dubé en fasse l’annonce officielle.

Christian Dubé était ministre de la Santé dans le gouvernement de François Legault depuis 2020. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot
Vendredi matin, le chef caquiste est revenu sur cette démission, qui a été pour lui un coup difficile à encaisser
, a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.
Évoquant les négociations avec les médecins, il a indiqué qu’à titre de premier ministre, il avait jugé que nous avions été assez loin et qu’il était temps de nous entendre avec les médecins pour éviter de détériorer le réseau de la santé
.
J’ai donc repris le contrôle des négociations avec les deux fédérations de médecins avec l’aide de France-Élaine Duranceau pour qu’on se concentre sur les changements importants qui devaient être faits pour améliorer les services aux citoyens
, a poursuivi François Legault.
L’annonce de Christian Dubé a pris de court M. Legault, car bien des gens s’attendaient à ce qu’il démissionne après Noël
, a expliqué l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette, vendredi, à l’émission Première heure.
En le faisant maintenant, à chaud, de façon non annoncée comme il l’a fait, il rend un petit service à la CAQ en ne quittant pas l’Assemblée nationale parce que ça empêche une élection partielle
, a-t-il ajouté. Mais pour le reste, c’est une petite grande vengeance.

Gaétan Barrette a été ministre de la Santé et des Services sociaux pour le Parti libéral du Québec de 2014 à 2018. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Un réseau fragilisé
La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Julie Bouchard, a quant à elle qualifié le départ du ministre Dubé d’assez inquiétant
.
On est à 10 mois des élections et on a un réseau de la santé qui est très fragilisé
, a-t-elle déploré, vendredi, sur les ondes d’ICI RDI.
Le fait qu’on soit actuellement dans une réforme majeure du réseau de la santé, qu’on ait des professionnels en soins qui ont complètement perdu leurs repères dans cette réforme-là, avec tous les changements qui s’y prêtent actuellement, nous fait dire : “mais pourquoi avoir démissionné?”
Julie Bouchard s’est néanmoins dite rassurée par l’arrivée d’une ministre qui connaît le réseau de la santé.
Pour quelqu’un qui part de zéro, c’est très difficile de comprendre tous les rouages du réseau de la santé. C’est un immense mammouth, comme M. Dubé se plaisait à l’appeler. Alors, évidemment, notre collaboration sera mise de l’avant comme d’habitude avec la nouvelle ministre
, a-t-elle fait valoir.

Julie Bouchard est présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Contrairement à Sonia Bélanger, Christian Dubé était comptable et gestionnaire de formation. Ce manque d’expérience préalable dans le monde de la santé était manifeste dans la loi 2, de l’avis de l’ancien ministre de la Santé Yves Bolduc, aujourd’hui médecin de famille.
Quand j’ai lu la loi, je me suis dit : c’est la loi qui est la plus mal faite qu’il n’y a pas. Même lui n’était pas capable de l’expliquer
, a-t-il dit vendredi en entrevue à l’émission Tout un matin, sur les ondes d’ICI Première.
Ce texte ne faisait même pas la différence entre un cardiologue et un chirurgien cardiaque, et entre un radiologiste et un radio-oncologue
, a renchéri celui qui a été député libéral de 2008 à 2015.
C’est triste à dire, parce que je pense [que Christian Dubé] avait fait quand même un bon travail comme ministre de la Santé, mais ce dernier dossier était inacceptable. Et la preuve : M. Legault s’en est rendu compte
, a-t-il conclu.
Dans un communiqué publié vendredi, la Fédération de la santé des services sociaux (FSSS-CSN) a dit souhaiter que l’arrivée de Mme Bélanger mène à un changement de cap dans la gestion
.
Nous espérons que ce changement fera place au dialogue plutôt qu’à l’imposition d’idéaux qui vont à l’encontre des recommandations des experts du milieu. Il faut arrêter de s’entêter à couper dans notre réseau public, sur le dos des travailleuses et des travailleurs, de la population ainsi qu’au bénéfice de cliniques privées
, a déclaré le président de la Fédération, Réjean Leclerc.
SOURCE: Sonia Bélanger succède à Christian Dubé comme ministre de la Santé | Radio-Canada



