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« S’il faut revoir la certification, nous allons le faire »

« S’il faut revoir la certification, nous allons le faire »

La ministre Marguerite Blais est « extrêmement préoccupée et bouleversée » par le décès de la mère de Gilles Duceppe, retrouvée morte de froid à l’extérieur d’une résidence privée pour personnes âgées.

Au lendemain du décès de la mère du politicien Gilles Duceppe, retrouvée morte d’hypothermie dimanche à l’extérieur de la résidence pour aînés qu’elle habitait à Montréal, des organismes de défense des aînés ont demandé que des mesures soient prises pour s’assurer qu’un tel événement ne se reproduise plus.

En fin de journée, hier, le gouvernement du Québec s’est dit ouvert à resserrer les normes de sécurité qui entourent la certification des résidences privées pour aînés, si le coroner enquêtant sur la mort d’Hélène Rowley Hotte faisait des recommandations en ce sens.

Mariée à l’homme de théâtre Jean Duceppe et mère de sept enfants, dont l’ex-chef du Bloc Québécois Gilles Duceppe, l’ex-directrice générale du théâtre Jean Duceppe, Louise Duceppe, et la metteure en scène Monique Duceppe, Hélène Rowley Hotte a été retrouvée morte à l’extérieur de la résidence Lux Gouverneur située rue Sherbrooke Est, près du boulevard de l’Assomption.

« Je dois attendre que le coroner fasse la lumière sur les circonstances [du décès], mais en tant que ministre responsable des Aînés, je suis extrêmement préoccupée et bouleversée [par ce qui est arrivé] », a dit Marguerite Blais, hier, lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale.

« J’ai communiqué avec le sous-ministre. S’il faut revoir la certification pour aller plus loin, nous allons le faire », a-t-elle poursuivi.

Selon Mme Blais, la résidence où Hélène Rowley Hotte habitait avait de nouveau obtenu sa certification en avril dernier et s’était encore une fois conformée à toutes les normes de sécurité demandées. Par exemple, alors que la certification exige deux surveillants de nuit, « il y en avait six » là où habitait la mère de Gilles Duceppe, a indiqué la ministre hier.

« Je vais laisser le coroner faire son travail et, par la suite, nous serons en mesure de poser des gestes raisonnés et raisonnables. […] Je tiens à offrir à toute la famille de M. Gilles Duceppe […] nos plus sincères condoléances pour cette triste histoire. Une personne qui décède comme ça à 93 ans, dans le froid, on ne veut pas que ça nous arrive, on ne veut que ça arrive à personne », a dit Mme Blais.

PRISONNIÈRE À L’EXTÉRIEUR

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a confirmé, hier, avoir reçu un appel à 11 h 45 dimanche matin au sujet de la mort de Mme Rowley Hotte, qui était âgée de 93 ans. On explique qu’une alarme d’incendie s’est déclenchée à 4 h 15, dimanche, dans les trois bâtiments du complexe résidentiel. Souffrant d’un problème d’audition, Mme Rowley Hotte aurait entendu l’alarme d’incendie, mais n’aurait pas entendu le message diffusé dans sa résidence qui mentionnait qu’elle n’avait pas besoin de quitter le bâtiment. Elle s’est retrouvée seule à l’extérieur, alors que s’abattait une importante tempête sur Montréal. Elle aurait été incapable de revenir à l’intérieur, la porte d’accès étant verrouillée, explique la porte-parole du SPVM, Caroline Chèvrefils. Le corps de la dame a été retrouvé étendu dans la neige.

Des enquêteurs du SPVM ont été dépêchés sur les lieux et ont écarté tout événement criminel. Le dossier est maintenant entre les mains du Bureau du coroner.

Le porte-parole de la Régie du bâtiment du Québec, Sylvain Lamothe, mentionne que les plans d’évacuation des bâtiments comme les résidences pour personnes âgées sont élaborés de concert avec les services de sécurité incendie des municipalités. « On y détaille où les gens doivent se rassembler, quels escaliers utiliser… », énumère-t-il. La gestion du plan d’évacuation relève toutefois du propriétaire, souligne M. Lamothe. Le Service de sécurité incendie de la Ville de Montréal n’a pas voulu commenter le dossier.

RÉACTION DU PROPRIÉTAIRE

Le complexe Lux Gouverneur a ouvert ses portes en 2009. Selon le Registre des résidences pour personnes âgées du Québec, cet établissement certifié comprend 440 unités locatives et accueille une clientèle de personnes âgées autonomes. En fin de journée, la direction des résidences Lux a publié un communiqué dans lequel elle a offert ses condoléances à la famille à la suite du « triste événement survenu [dimanche] dans des circonstances exceptionnelles ».

« Contrairement à l’information partagée dans certains médias, Mme Rowley Hotte portait des vêtements d’hiver lorsqu’elle est sortie à l’extérieur de la résidence. Nos caméras de sécurité montrent qu’elle s’est évanouie quelque temps après être sortie. Nous collaborons évidemment avec les enquêteurs et préférons ne pas commenter davantage ce malheureux événement avant d’en connaître les conclusions », a écrit l’entreprise.

Ce n’est pas la première fois qu’une personne âgée perd accidentellement la vie au Lux Gouverneur. En novembre 2011, un octogénaire y est mort seul dans sa chambre, coincé pendant trois jours sous le poids d’une commode. Une enquête de la police avait démontré que le système de détection de mouvement installé dans l’appartement de la victime ne fonctionnait pas.

PLUS DE VIGILANCE DEMANDÉE

Qualifiant les événements d’« affreux », la présidente de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées (AQDR), Judith Gagnon, espère que des leçons seront tirées de cette tragédie. « C’était un milieu supposé apporter confort et sécurité. Qui devrait avoir tenu compte des problèmes d’audition de madame », a réagi Mme Gagnon. Selon elle, les établissements accueillant des personnes âgées ont le devoir « de tenir compte de l’incapacité de certains résidants », même si ceux-ci sont jugés autonomes.

Un avis partagé par le président des Usagers de la santé du Québec, Pierre Blain. « Dans leur plan d’évacuation, les résidences pour aînés doivent prévoir des mesures d’évacuation en fonction de l’état de santé de chacun », dit-il. M. Blain se demande aussi pourquoi aucun dénombrement qui aurait permis de noter l’absence de Mme Rowley n’a été fait. « L’enquête nous le dira », dit-il.

« C’est un moment si malheureux. Dans un plan de match où l’on sait qu’il y a des personnes âgées dans ces conditions, il faut prévoir le coup », affirme pour sa part le président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), Jeff Begley.

« INEXPLICABLE ET CONSTERNANT »

Présidente de l’Association des retraitées et retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec (AREQ-CSQ), Lise Lapointe juge le drame qui a touché la famille Duceppe « inexplicable et consternant ». « On va laisser l’enquête se poursuivre. Mais le gouvernement doit s’assurer que tout est mis en place pour assurer la sécurité des aînés. Ça prend une surveillance adéquate », dit-elle.

M. Begley ajoute que la clientèle hébergée dans des résidences pour personnes âgées autonomes s’alourdit avec les années. « Il manque de places d’hébergement dans le réseau public. De plus en plus, dans les résidences pour personnes autonomes, les cas s’alourdissent », dit-il, tout en mentionnant ne pas posséder de détails sur le cas précis de Mme Rowley Hotte. « Mais il faut apprendre de tout ceci. Le temps est venu de prioriser les besoins des personnes âgées », dit-il.

À l’extérieur du pays, Gilles Duceppe a mentionné à La Presse que la famille ne veut pas commenter l’événement pour l’instant.

Lire l’article sur le site de La Presse 

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