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Geneviève Biron, présidente et cheffe de la direction de Santé Québec, en entrevue éditoriale avec La Presse
Sur papier, l’idée de créer une agence pour sortir la politique du réseau de la santé était parfaitement sensée.
En Suède, la formule fonctionne à merveille depuis des siècles. Le ministère donne les grandes orientations, l’agence exécute le plan. S’il prenait l’envie au ministre de débarquer dans un hôpital pour gérer une crise, son comportement ferait scandale !
On est très loin de ça au Québec.
Un peu plus d’un an après sa naissance, Santé Québec est toujours soumise aux aléas politiques. À la veille de la campagne électorale, sa survie même est en jeu. En 2024, le chef péquiste disait qu’il pourrait bien passer Santé Québec à la trappe1. Et récemment, le nouveau chef libéral, Charles Milliard, a avoué qu’il n’aurait pas beaucoup de patience si les résultats n’étaient pas au rendez-vous2.
Des résultats, il y en a, clame sur toutes les tribunes la présidente et cheffe de la direction de Santé Québec, Geneviève Biron.
Lors d’une rencontre éditoriale avec La Presse, elle a d’ailleurs laissé entendre que la société d’État était « bien proche d’atterrir à l’équilibre budgétaire » pour l’exercice qui se termine le 31 mars.
Cela est d’autant plus méritoire que son enveloppe budgétaire n’a augmenté que de 3 %, ce qui est nettement inférieur au rythme des 10 dernières années (5,6 %).
« On n’est pas en train de couper. On est en train de revoir nos façons de faire et de travailler sur l’efficacité financière. C’est très différent », précise la vice-présidente finances de Santé Québec, Sonia Dugas.

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Sonia Dugas, vice-présidente finances de Santé Québec
Des exemples ? Remplacer la main-d’œuvre indépendante et les heures supplémentaires par des heures régulières. Optimiser la route du personnel offrant des soins à domicile pour réduire le temps de déplacement.
Pas question de réduire le volume de soins. « Notre ADN, c’est d’améliorer l’accès », insiste Mme Dugas. Mais il faut bien admettre qu’à l’occasion, les patients déchantent… comme ceux de la clinique de psychiatrie de l’Hôpital général de Montréal qui a fermé sa chorale après 28 ans3.
Mais attention, le défi budgétaire des prochaines années sera encore plus grand, car le gouvernement est sérieusement dans le rouge. Il table sur une croissance des dépenses en santé de seulement 2,4 % par an, sur cinq ans.
Santé Québec devra donc relever un défi colossal, sans avoir tous les leviers pour agir.
Par exemple, la société d’État n’est pas à la table de négociation pour la rémunération des médecins, qui sont pourtant la clé de voûte du système de santé.
Cet automne, probablement que la distance par rapport à la tension des négociations nous a permis d’opérer plus efficacement le réseau.
Geneviève Biron, grande patronne de Santé Québec
Les médecins de famille ont fini par s’entendre, avec la levée des mesures liberticides qui allaient trop loin, mais aussi avec une augmentation de salaire allant jusqu’à 17 % qu’eux-mêmes n’espéraient pas.
Tout ça pour ça.
Oui, les médecins ont accepté la capitation. Mais il reste à voir comment ce mode de rémunération prometteur permettra de prendre en charge davantage de Québécois. Et comment on s’assurera que les patients reçoivent réellement un suivi complet si les médecins sont payés à forfait pour leur prise en charge…
En tout cas, il n’est pas logique qu’on en discute en laissant à l’écart Santé Québec, qui devra ensuite opérationnaliser ces changements profonds sur le terrain.
Santé Québec n’a pas non plus tout le contrôle sur les investissements en infrastructures et en technologie.
Alors que les hôpitaux tombent en ruine, le gouvernement porte des lunettes roses. Pour vous donner une idée, le dernier Plan québécois des infrastructures (PQI) établissait que seulement 18 % des infrastructures du réseau de la santé étaient en mauvais état… une amélioration par rapport à l’année précédente (23 %).
Santé Québec confirme que ces chiffres « n’étaient pas adéquats ». Ses équipes ont refait une analyse. « Ça faisait plusieurs années que ça n’avait été fait. Puis là, on a une meilleure vision », assure Mme Biron.
Au bout du compte, 38 % des actifs sont en mauvais état. Ouch ! Des milliards seront nécessaires pour remettre tout ça à niveau. D’où viendront-ils ?
Et on n’a pas encore parlé des infrastructures technologiques qui sont à pleurer.
On est en déficit d’investissement. Ce n’est pas pour rien qu’on a des fax dans nos organisations.
Sonia Dugas, vice-présidente finances de Santé Québec
Santé Québec investit environ 3 % de son budget en technologie, contre 19 % dans les autres organismes publics.
C’est pourtant en modernisant et en regroupant ses systèmes informatiques éparpillés que Santé Québec pourra éliminer la lourdeur administrative et rendre ses professionnels plus performants.
Mais investir en technologie, ce n’est pas sexy. C’est comme réparer les infrastructures existantes. Ça ne permet pas aux politiciens de lancer une pelletée de terre et de couper de beaux rubans devant les caméras.
Avec la campagne électorale qui s’amorce, les candidats doivent mettre leurs priorités aux bons endroits. Le Québec n’a pas les moyens de jeter de l’argent à l’eau pour gagner des votes.
source: Santé Québec fouettée par les vents politiques | La Presse

