Votre génération sera sous pression, nous disaient nos profs d’université, dans ma jeune vingtaine.

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Vous devrez supporter non seulement les enfants à naître, nous expliquaient-ils, mais aussi la plus importante cohorte de personnes âgées à venir, soit les baby-boomers. Vous devrez donc travailler ferme pour faire fonctionner l’économie et financer les programmes sociaux.

Cette description lucide faite durant mes « glorieuses » études universitaires ciblait essentiellement la génération X, celle des enfants nés entre 1965 et 1980, dont je suis l’un des plus vieux membres. Elle touchait aussi la génération suivante, les milléniaux, et un peu moins celle d’après, les Z.

Cette prophétie m’est revenue en tête quand j’ai pris connaissance des plus récentes données de Statistique Canada sur la dépendance démographique.

Ce que l’agence appelle le rapport de dépendance démographique est la proportion de la population qui dépend du principal noyau de la population active, les 15-64 ans, essentiellement.

Plus précisément, c’est la proportion des personnes de 65 ans et plus et des jeunes de 0-14 ans divisée par celle des 15-64 ans, donc les « inactifs » divisés par les actifs, si l’on peut dire. Plus le taux est élevé, plus la dépendance est grande.

Au Canada, ce rapport de dépendance démographique a franchi la barre des 50 % en 2019 et atteint maintenant 53 %.

Au Québec, c’est pire. Le taux de dépendance est maintenant de 58 %, au troisième rang des provinces canadiennes, après Terre-Neuve-et-Labrador et le Nouveau-Brunswick, et loin des 50 % de l’Ontario.

Non seulement les générations X et Y du Québec doivent supporter un fardeau plus grand qu’ailleurs au Canada, mais l’évolution a été très rapide, bien plus qu’en Ontario, par exemple. Le vieillissement de la population fait son œuvre.

Évidemment, il s’agit seulement d’un indicateur, bien imparfait pour mesurer l’apport de tout un chacun à la société – notamment les retraités –, que ce soit en matière de travail rémunéré ou non, d’investissements ou de revenus imposables.

Tout de même, ce rapport de dépendance est un bon reflet de la pression qui s’exerce sur la population active et donc des défis financiers à venir pour le système d’éducation et le système de santé.

Les nouvelles ne sont pas seulement sombres. Certes, ce sont surtout les personnes âgées qui alourdissent la dépendance démographique au Québec, mais aussi une part plus importante d’enfants que dans bien des provinces canadiennes.

Ainsi, au Québec, 15,2 % de la population a moins de 15 ans, contre 13,1 % en Colombie-Britannique ou 14,6 % en Ontario. J’y vois une bonne nouvelle dans la mesure où ces jeunes sont un investissement pour notre avenir.

La Saskatchewan, le Manitoba et l’Alberta sont loin devant à ce chapitre, avec des proportions de 18,4 %, 17,6 % et 17,4 %.

À l’autre bout de la pyramide, la part des personnes de 65 ans et plus atteint 21,7 % au Québec contre 18,9 % en Ontario et 15,5 % en Alberta. Terre-Neuve est au sommet, à 25,2 %.

Autre nouvelle moins déprimante, si je puis dire : d’autres pays développés vivent une situation plus dramatique.

Le rapport de dépendance est de 70 % au Japon, de 63 % en France et de 61 % en Suède, selon des données de la Banque mondiale. La moyenne mondiale est de 55 %, alors que le chiffre comparable pour le Canada est de 54 %, selon la méthodologie de la Banque mondiale (contre 53 % selon Statistique Canada).

Les données de la Banque mondiale sur la dépendance démographique montrent aussi à quel point les pays de l’Afrique noire font face à des défis considérables, avec des rapports de dépendance dépassant les 75 %, comme au Nigeria.

Dans leur cas, c’est la grande proportion d’enfants qui vient gonfler la dépendance démographique. Au Nigeria, seulement 3 % de la population a 65 ans ou plus, mais 41 % a moins de 15 ans.

Parmi les pays dont le rapport de dépendance est sous les 50 % figurent le Mexique, l’Inde, la Chine et la Corée du Sud, entre autres. Le petit pays de Singapour, souvent vanté pour son dynamisme, a l’un des taux de dépendance démographique les plus bas au monde, à 34 %.

Ce que j’en conclus ? Que face à la pression démographique et aux défis qu’elle représente pour les finances publiques, les Québécois devront innover, sinon accepter d’élaguer les mesures sociales dont ils bénéficient, en ciblant l’essentiel.

Il faudra aussi compter sur les retraités encore en forme pour combler certaines lacunes du filet social, entre autres. L’apport de nouveaux immigrants dans la force de l’âge est aussi un incontournable.

Précision
Dans une version précédente de ce texte, il était écrit qu’à 53 % de taux de dépendance, les « actifs doivent supporter davantage de personnes que leur propre nombre, en quelque sorte ». Or cette phrase est erronée : les actifs supportent un peu plus de la moitié que leur nombre (53 %) et non davantage (ce qui serait plus de 100 %). Nos excuses.