Elle est réclamée par les groupes d’aînés du Québec, mais critiquée ailleurs au pays au nom de l’équité intergénérationnelle. La bonification de la pension de Sécurité de la vieillesse dès 65 ans réclamée par le Bloc québécois a l’appui de tous les partis de l’opposition, mais pas celui du gouvernement Trudeau qui avait mis les milléniaux et la génération Z au cœur de son dernier budget. Décryptage.

Mylène CrêteLa Presse

Que demande le Bloc québécois ?

Yves-François Blanchet a rejeté dès la campagne électorale de 2021 « toute tentative de créer deux classes d’aînés ». Le gouvernement libéral distribuait alors des chèques de 500 $ aux 75 ans et plus et avait annoncé dans son budget préélectoral son intention de hausser la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) de 10 %, mais seulement pour cette tranche d’âge. Les 65 à 74 se sont donc vus privés d’environ 800 $ de plus annuellement lorsque la mesure est entrée en vigueur en juillet 2022.

L’année suivante, la députée bloquiste Andréanne Larouche a dénoncé « une forme d’âgisme » et introduit le projet de loi C-319 pour que tous les aînés aient droit à la hausse de 10 %. La PSV assure un montant maximal d’environ 8700 $ par année pour les personnes de 65 à 74 ans et d’un peu plus de 9600 $ pour les 75 ans et plus à condition qu’elles aient un revenu net inférieur à environ 150 000 $. Ceux dont le revenu est supérieur à 90 997 $ doivent en rembourser une partie, voire la totalité.

Le projet de loi prévoit également une hausse de l’exemption de 5000 $ à 6500 $ pour le revenu d’emploi d’une personne dans le calcul du montant du Supplément de revenu garanti (SRG).

Cette allocation, destinée aux aînés dont le revenu annuel est inférieur à 22 000 $, peut atteindre jusqu’à 13 000 $.

« Comme ce sont des petits montants, les indexations font que vous vous appauvrissez d’année en année », a fait valoir Pierre-Claude Poulin du comité des finances de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitée et préretraitées (AQDR), lors de son passage au Parlement la semaine dernière. « Cette année, uniquement au Québec, la hausse moyenne des loyers est de 6 %, alors que la pension des retraités est de 2,3 % », a-t-il expliqué.

L’AQDR fait partie des huit groupes d’aînés qui se sont déplacés à Ottawa pour faire pression sur les élus. Le projet de loi du Bloc québécois a également l’appui de la Canadian Association of Retired Persons (CARP) qui représente les aînés ailleurs au pays. « Il y a un nombre important d’aînés qui vivent dans la pauvreté », indique son président Rudy Buttignol.

Une forte majorité de Canadiens sont d’accord avec la hausse de la PSV, selon un sondage réalisé par la firme Nanos pour le compte du réseau télévisé CTV la semaine dernière⁠1. Quatre millions d’aînés en bénéficieraient dans l’ensemble du pays, dont un million au Québec, selon le Bloc québécois.

Quel est le problème ?

Le groupe de pression Generation Squeeze estime que le projet de loi du Bloc québécois est « terriblement injuste » pour les générations à venir. « Les milléniaux et la génération Z font face à un autre risque pour leurs finances au fur et à mesure que le Bloc québécois gagne en influence », fait valoir son fondateur, Paul Kershaw, professeur de politiques publiques à l’Université de la Colombie-Britannique. « Il ne faut pas oublier que la Sécurité de la vieillesse constitue déjà la part du budget fédéral la plus importante et celle qui connaît la croissance la plus rapide », ajoute-t-il.

Le gouvernement prévoyait que les prestations aux personnes âgées allaient atteindre 80,6 milliards en 2024-2025 et frôleraient 100 milliards en 2028-2029. Il souligne que ce sont des dizaines de milliards de dollars de plus que les montants prévus pour l’Allocation canadienne pour enfant, les garderies à 10 $, le logement et l’éducation postsecondaire.

La mise en œuvre du projet de loi C-319 ajouterait à ce montant substantiel un peu plus de 3 milliards par année pour un total de 16 milliards sur cinq ans. Une large part des impôts payés par les jeunes contribuables servirait donc à payer la hausse de la PSV, alors qu’ils font déjà face à de nombreuses difficultés comme un marché immobilier prohibitif, souligne Generation Squeeze.

D’autant plus que des retraités avec un revenu familial de 180 000 $ par année pourraient en bénéficier.

Les retraités aussi aisés sont-ils vraiment le groupe démographique qui a besoin de la prochaine injection de dépenses fédérales, dépenses les plus susceptibles d’être financées sous forme de déficit ?

 Paul Kershaw, professeur de politiques publiques à l’Université de la Colombie-Britannique

Le gouvernement Trudeau, qui cumule les déficits depuis 2015, est sensible à cet argumentaire. L’équité intergénérationnelle était le thème central de son dernier budget qui contenait une série de mesures destinées aux milléniaux et à la génération Z, notamment en matière de logement. « Nous nous devons d’agir dans l’intérêt de tous les Canadiens. Oui, les aînés, mais aussi leurs enfants et leurs petits-enfants », a signalé la ministre des Finances, Chrystia Freeland, en conférence de presse la semaine dernière.

Le ministre Jean-Yves Duclos, lieutenant politique de Justin Trudeau au Québec, a évoqué lundi la volonté du gouvernement de « continuer à augmenter le soutien pour les aînés vulnérables ». « Nous pensons que ce que le Bloc québécois propose n’est pas la bonne façon de procéder », a-t-il rappelé.

Le Parti vert a également prêté une oreille attentive au raisonnement de Generation Squeeze, mais a fini par appuyer la proposition du Bloc québécois parce qu’il propose d’amputer les subventions aux pétrolières et aux gazières, estimées entre 50 et 80 milliards sur cinq ans.

Le Bloc québécois a donné jusqu’au 29 octobre pour l’adoption de son projet de loi, sans quoi il entamera des démarches pour faire tomber le gouvernement.

SOURCE: Pension de la Sécurité de la vieillesse | La hausse se ferait-elle au détriment des générations futures ? | La Presse