Campagne électorale: ce n’est pas important au Québec de vieillir dans la dignité

LISE LAPOINTE, PRÉSIDENTE DE L’ASSOCIATION DES RETRAITÉES ET RETRAITÉS DE L’ÉDUCATION ET DES AUTRES SERVICES PUBLICS DU QUÉBEC (AREQ-CSQ)

La place des personnes aînées au Québec a été pratiquement ignorée durant le premier débat opposant les chefs des principaux partis politiques. C’est choquant alors que les aînés viennent tout juste d’écoper tragiquement dans l’angle mort de la pandémie. 

Le défi du vieillissement devrait être une priorité pour tous les partis, car vieillir dans la dignité, c’est l’affaire de tous. En effet, le nombre de personnes de plus de 75 ans au Québec aura doublé d’ici 2040, alors que celui des 85 ans et plus devrait tripler sur la même période. C’est le défi le plus prévisible de tous ! Plus prévisible que les changements climatiques, les pandémies et les récessions.

Le poids de l’inaction

Tous les gouvernements qui se sont succédé dans les 20 dernières années n’ont fait que tenter d’éteindre les feux au jour le jour, en proposant essentiellement de construire de nouvelles maisons de paille. Il n’y a pas eu de planification sérieuse et les courts échanges à ce sujet durant ce premier débat laissent présager que rien ne changera vraiment.

Vivre, c’est aussi vieillir, et aucun chef de parti n’y échappera. Mais au Québec, une société qui se classe parmi les vieillissements démographiques les plus rapides dans le monde, nous sommes passés maîtres dans l’art de maintenir notre tête dans le sable. 

Notre retard à cet effet est grandissant et peut s’avérer impardonnable, occasionnant ainsi une croissance de drames humains comme nous l’avons vécue dans les dernières années : des milliers de personnes qui meurent dans des conditions inhumaines et des personnes isolées qui souffrent dans l’indifférence. Nous aurions espéré voir naître un effort proportionnel à l’ampleur de cette tragédie. Mais, à en écouter les chefs, nous avons déjà oublié ce drame historique parmi les pires bilans à l’échelle mondiale.

Puis, c’est sans compter l’appauvrissement de cette grande partie de la population pour qui les rentes et les pensions ne suivent pas le coût de la vie et pour qui l’inflation fait des ravages sur les capacités de se loger convenablement, de se nourrir et d’obtenir des services.

Une priorité

Il est fondamental que le gouvernement élu le 3 octobre prochain fasse des enjeux du vieillissement une réelle priorité. C’est d’une importance capitale pour la dignité de celles et ceux qui ont bâti le Québec, mais aussi pour les jeunes générations qui devront tenir un système désuet à bout de bras si rien n’est fait.

Ce qui est attendu de tous les partis, qu’ils forment le gouvernement ou l’opposition, c’est s’entendre sur la nécessité d’agir. 

  • Agir sur la prévention de manière concrète afin de maximiser les chances de vieillir en santé avec des revenus décents pour s’épanouir et contribuer dans leur communauté. 
  • Agir sur la disponibilité des soins et des services aux personnes en perte d’autonomie pour en garantir l’accès et la qualité, peu importe où les aînés ont choisi de s’enraciner, que ce soit dans une maison, un appartement ou une résidence pour aînés. 
  • Agir sur les soins de longue durée en hébergement pour qu’une personne qui en a besoin puisse vivre dans un lieu sécuritaire, avec bientraitance et avec des soins de qualité.

Chaque parti devrait présenter un plan qui répond concrètement et réalistement à ces éléments. Sinon, ce serait accepter d’amener le Québec dans le mur.

source : journaldequebec

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