Pour remédier à la crise de l’accès aux soins, le DJean-Joseph Condé, lui-même médecin de famille, préconise un modèle innovant, celui de la pratique en équipe.

 

Dr Jean-Joseph Condé

Dr Jean-Joseph CondéMédecin de famille à Val-d’Or et porte-parole francophone et représentant du Québec au conseil d’administration de l’Association médicale canadienne

J’imagine ne pas être la seule personne à avoir avalé son café de travers en lisant les grandes lignes du rapport exploratoire⁠1,2 de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux en matière de prise en charge des patients.

Ce rapport mentionne notamment qu’une redistribution des rendez-vous en médecine familiale pourrait être faite en fonction de l’état de santé des patients, une première au Canada. Autrement dit, les patients en bonne santé ne seraient plus nécessairement inscrits auprès d’un médecin de famille : on prioriserait plutôt ceux qui sont déjà vulnérables et qui actuellement n’ont pas accès à un médecin.

Le simple fait de penser à ce genre de remède est une illustration claire de la gravité de la crise de l’accès aux soins !

Heureusement, le ministre Dubé a remis les pendules à l’heure il y a quelques jours et a réitéré qu’aucun patient déjà inscrit ne perdrait accès à son médecin de famille. Il n’en demeure pas moins que la situation est critique.

Une crise prévisible

Cela fait des années que le gouvernement du Québec, quel qu’il soit, sait que la population est vieillissante et que cela occasionnerait nécessairement une pression accrue sur le système de santé. L’Institut national de santé publique⁠3 indique qu’en 2011, environ 1 personne sur 6 était âgée de 65 ans et plus et que si la tendance se maintient, ce sera le cas de 1 personne sur 4 en 2031. Or, plutôt que de prévoir adéquatement la planification des soins et des ressources en santé, les décideurs se sont successivement entêtés à maintenir la formule « un médecin de famille par patient », au détriment de modèles plus adaptés. Il y a pourtant bien longtemps que celui-ci n’est plus soutenable et l’avenir n’est guère reluisant.

De plus en plus, on observe les bienfaits de la pratique en équipe, l’interdisciplinarité, dit-on plus communément dans le domaine, ou l’équipe de soins. Il s’agit là d’un modèle innovant, qui préconise un accès au bon professionnel en temps opportun, et surtout, qui maintient l’idée de suivi longitudinal.

Car telle est bien la vraie valeur ajoutée de la prise en charge des patients, peu importe leur état de santé : une relation de confiance qui s’inscrit sur des années.

Il est prouvé que d’être suivi par la même équipe contribue positivement à la santé, comparativement à un service « à la carte », qui est bien sûr mieux que rien, mais qui est loin d’être idéal.

Comme médecin de famille effectuant des gardes aux urgences, des gardes à l’hôpital, et ayant à charge plus de 1000 patients en GMF, pouvoir bénéficier d’une équipe de soins fonctionnelle, avec des ressources appropriées, ce serait une façon incroyable d’améliorer l’accès aux soins pour mes patients, et d’offrir une plus grande disponibilité à mes patients vulnérables. Cette interdisciplinarité doit être mise en place avec le concours des médecins et ne doit pas servir d’excuse pour restreindre la pratique du médecin.

Rompre avec le cynisme

Un système de santé accessible à tous et en tout temps est possible, il suffit de reconnaître que le modèle existant ne tient plus et d’avoir le courage d’implanter des solutions modernes et pérennes. Ces solutions doivent rendre la médecine familiale plus attrayante, réduire le taux d’épuisement professionnel chez nos médecins et améliorer l’accès aux soins pour les Québécois. N’oublions pas qu’une première ligne forte demeure la pierre angulaire d’un bon système de santé !

Il y a urgence d’agir, il est question de la confiance de la population dans l’un des fondements mêmes de notre société.

SOURCE: Médecine familiale | Aux grands maux les grands remèdes | La Presse