Soins de longue durée des aînés : le Québec est mal préparé, estime la VG

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) « n’a pas évalué la demande future d’hébergement de longue durée pendant près de 15 ans » et, si l’offre n’est pas bonifiée, « les aînés en grande perte d’autonomie n’auront pas tous accès à des soins de longue durée publics dans les prochaines années ni à une intensité de services suffisante », constate la vérificatrice générale (VG) du Québec, Guylaine Leclerc.

Depuis plus de 20 ans, le MSSS est conscient que la demande d’hébergement de longue durée ne va pas cesser d’augmenter, peut-on lire dans le rapport. Pourtant, pendant près de 15 ans, il n’a pas réalisé de projections de cette demande.

Par ailleurs, le MSSS n’a pas pris en considération la demande réelle d’hébergement de longue durée dans ses projections de 2005 et de 2019. Ce faisant, les aînés en grande perte d’autonomie en attente d’une place en hébergement de longue durée ainsi que ceux atteints de troubles neurocognitifs majeurs n’ont pas été inclus dans les projections du MSSS.Début du widget . Passer le widget?https://datawrapper.dwcdn.net/QdqCD/1/Fin du widget . Retour au début du widget?

Pourtant, le ministère réitère depuis le début des années 2000 sa volonté de réorganiser l’offre des soins de longue durée, afin de faire face au vieillissement de la population du Québec et à l’augmentation du nombre de personnes vivant avec des troubles de démence.Début du widget . Passer le widget?https://datawrapper.dwcdn.net/hMBts/1/Fin du widget . Retour au début du widget?

Mais de 2005 à 2019, le MSSS a fait le choix de ne pas augmenter le nombre de places en CHSLD. En réalité, ce nombre a diminué d’environ 15 %, peut-on lire dans le rapport.

Et ce n’est pas parce que davantage est fait pour les soins à domicile, même si, depuis 2003, le ministère affirme que ceux-ci doivent toujours être privilégiés si c’est ce que l’aîné désire. Il l’a d’ailleurs réitéré dans sa Politique d’hébergement et de soins et services de longue durée de 2021 ainsi que dans plusieurs communiqués de presse.

Si les dépenses pour les soins à domicile ont augmenté depuis 2015, la VG constate que le MSSS n’a pas défini comment il réorganiserait et financerait les soins de longue durée aux aînés en grande perte d’autonomie dans le contexte du virage vers le soutien à domicile.

Résultat : actuellement, l’offre ne suffit pas pour répondre à la demande de soins de longue durée des aînés en grande perte d’autonomie. L’offre est caractérisée notamment par des problèmes d’accès et une intensité de services insuffisante. Notamment, le nombre de personnes de 70 ans et plus en attente d’une place permanente dans un hébergement de soins de longue durée a augmenté entre 2015 et 2020.Début du widget . Passer le widget?https://datawrapper.dwcdn.net/PeMm2/1/Fin du widget . Retour au début du widget?

Et cette demande continue et continuera d’augmenter, alors que les projections financières [du] MSSS sous-évaluent les coûts anticipés.

La VG estime qu’il faudrait un investissement supplémentaire de 2 milliards de dollars par an. Les mesures annoncées pour le soutien à domicile, par exemple, prévoient un investissement de 340 millions de dollars sur cinq ans, entre 2021 et 2026.

Les 5 recommandations de la vérificatrice générale

La VG formule cinq recommandations à l’intention du MSSS en ce qui concerne les besoins des aînés en grande perte d’autonomie pour des soins de longue durée :

  • établir un portrait juste de la demande future en tenant compte de l’évolution démographique et de l’état de santé de ces aînés;
  • adapter le modèle d’offre et de financement dans le contexte du virage vers le soutien à domicile;
  • élaborer, de concert avec ses partenaires, un plan d’action pour les changements prévus à l’offre de services et au financement;
  • établir des prévisions à long terme des niveaux de services offerts;
  • informer la population des défis et des solutions proposées.

Le rapport se termine avec les commentaires du MSSS, qui accueille favorablement le rapport de la Vérificatrice générale du Québec et prend acte des cinq recommandations qui lui sont adressées. En ce sens, le MSSS est d’avis qu’il peut apporter des améliorations portant sur la planification des soins et des services de longue durée pour les aînés en grande perte d’autonomie.

Québec prend acte et promet de faire mieux

Dans un communiqué du MSSS publié en journée mercredi, le ministre de la Santé, Christian Dubé, et sa collègue responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, affirment qu’ils prennent acte des recommandations de la vérificatrice générale sur la planification de l’hébergement public de longue durée pour les personnes aînées en grande perte d’autonomie et la gestion des équipements de protection individuelle (EPI) pendant la pandémie.

Selon M. Dubé et Mme Blais, ces recommandations s’inscrivent en parfaite complémentarité avec les mesures prises par le gouvernement ces derniers mois et sont cohérentes avec les objectifs et les orientations poursuivis dans les travaux réalisés actuellement.

« Notre gouvernement s’engage à prendre les mesures nécessaires pour répondre aux recommandations formulées à son attention.  »— Une citation de  Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés et des Proches aidants

La ministre souligne toutefois que de nombreuses initiatives ont déjà été mises de l’avant par son gouvernement et qu’elles auront un effet bénéfique notable et durable sur la qualité et la sécurité des milieux de vie.

Le ministre de la Santé, pour sa part, estime que nous avons beaucoup appris de la première vague de la pandémie, qui a pris le monde entier par surprise. C’est pourquoi nous poursuivons nos efforts et nous comptons bien nous inspirer des constats de ces deux audits pour bonifier nos approches de manière encore plus exemplaire.

En ce qui a trait aux EPI, le MSSSMinistère de la Santé et des Services sociaux du Québec rappelle néanmoins que des mesures étaient prises dès janvier 2020 pour consolider les stocks. Tout de suite après la première vague, l’approvisionnement était régularisé et il n’y a pas eu d’enjeu d’approvisionnement ou de distribution lors des vagues suivantes, précise le ministère

source : radio-canada.ca

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