Palmarès des urgences de La Presse: Barrette optimiste malgré un temps d’attente qui stagne

Palmarès des urgences de La Presse: Barrette optimiste malgré un temps d’attente qui stagne

Ariane Lacoursière – La Presse – 18 mai 2017

Palmarès des urgences 

Les urgences de la province ont vu leur performance stagner cette année et obtiennent une note identique à celle de l’an dernier (C), révèle  le palmarès 2017 des urgences de La Presse. Même si la durée moyenne de séjour a diminué d’un maigre 6 minutes cette année, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a confiance que ses réformes portent leurs fruits et que dès l’an prochain, une amélioration plus marquée sera observée aux urgences. Faits saillants.

Après avoir connu une belle amélioration d’une heure l’an dernier, la durée moyenne de séjour dans les urgences de la province a diminué de seulement 6 minutes cette année. Il s’agit tout de même de la meilleure performance en 11 ans pour le réseau. Le ministre Barrette estime qu’il était « prévisible » d’enregistrer une certaine stagnation dans les urgences cette année puisque ses nombreuses réformes sont en déploiement. « En 2016-2017, nous sommes arrivés au maximum de la transformation. C’est prouvé qu’à la deuxième année d’une réforme, on prend un virage et on commence à consolider. Il y a donc une phase de stabilisation. C’est normal que ça ne progresse pas autant qu’on le voudrait », dit-il. Le ministre prévoit toutefois une baisse plus importante de l’attente cette année. Il souligne que la durée moyenne de séjour pour la première période de 2017-2018 est de 14,6 heures.

Durée moyenne de séjour dans les salles d’urgence du Québec

2005-2006 : 15 h 54 min

2006-2007 : 16 h 18 min

2007-2008 : 16 h 30 min

2008-2009 : 17 h 06 min

2009-2010 : 17 h 36 min

2010-2011 : 17 h 36 min

2011-2012 : 17 h 12 min

2012-2013 : 17 h 30 min

2013-2014 : 16 h 42 min

2014-2015 : 16 h 42 min

2015-2016 : 15 h 42 min

2016-2017 : 15 h 36 min

De plus en plus d’établissements atteignent la cible de 12 heures

La durée moyenne de séjour représente le nombre d’heures qu’un patient passe sur une civière aux urgences avant d’être transféré aux étages ou d’obtenir son congé. Il ne s’agit donc pas du nombre d’heures passées dans la salle d’attente avant de voir un médecin. Au cours des dernières années, le gouvernement a déclaré viser une durée moyenne de séjour de 12 heures, objectif que le ministre Barrette juge toujours réaliste. Cette année, 33 établissements sur 85 atteignent cette cible, contre 29 l’an dernier. « Certaines urgences demeureront toujours plus difficiles. Mais on voit une amélioration. La clé, c’est le changement de culture », dit le ministre.

Meilleures durées moyennes de séjour aux urgences

À Montréal

Hôpital général juif : 14 h

Centre hospitalier St. Mary : 15 h 36 min

Hôpital général de Montréal : 16 h 18 min

Ailleurs au Québec

Centre hospitalier de Matane : 6 h 06 min

Hôpital de Sainte-Anne-des-Monts : 6 h 54 min

Hôtel-Dieu d’Arthabaska : 7 h 30 min

Pires durées moyennes de séjour aux urgences

À Montréal

Hôpital du Lakeshore : 24 h 42 min

Hôpital Maisonneuve-Rosemont : 24 h 12 min

Campus Lachine du CUSM : 23 h 30 min

CHUM Notre-Dame : 22 h 12 min

Ailleurs au Québec

Hôpital du Suroît : 26 h 24 min

Hôpital de Saint-Jérôme : 24 h 24 min

Hôpital Pierre-Boucher : 23 h 48 min

Le problème du Suroît

De tous les hôpitaux de la province, c’est à l’hôpital du Suroît à Valleyfield que la durée moyenne de séjour est la plus élevée (26 h 24 min). Les séjours de 48 heures et plus aux urgences y atteignent 18,2 %, de loin le taux le plus élevé de la province. Le ministre Barrette reconnaît que la situation est problématique dans ce secteur, principalement à cause du boom démographique. « Pour le Suroît, la réponse sera le nouvel hôpital que l’on va construire à Vaudreuil », dit le ministre, qui projette son ouverture d’ici quatre ans. Porte-parole du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Ouest, Jade St-Jean reconnaît que la durée moyenne de séjour est élevée dans les établissements de son territoire (l’hôpital Anna-Laberge affiche une performance de 22 h 06 min). « Mais il y a eu des investissements de Québec avant Noël et on voit déjà les résultats », dit-elle. Québec a en effet injecté 100 millions de dollars dans le réseau pour permettre d’acheter des lits dans des CHSLD et d’autres ressources et d’ainsi libérer des lits de soins actifs dans les hôpitaux. La répartition des ambulances sur le territoire de la Montérégie-Ouest a été revue et des investissements ont aussi été faits en soins à domicile, ajoute Mme St-Jean, qui s’attend à ce que la situation s’améliore en 2017-2018.

Des patients de plus en plus nombreux et plus lourds

Plusieurs raisons expliquent que la fréquentation des urgences ne cesse d’augmenter, notamment le fait que les patients sont de plus en plus nombreux à s’y présenter et qu’ils sont de plus en plus âgés. Cette année, 32 900 patients de plus que l’année précédente se sont présentés aux urgences par ambulance. Mais pour la première fois en cinq ans, le nombre de personnes s’étant présentées sur leurs pieds (patients ambulatoires) a diminué (30 600 patients de moins). Pour le ministre, voilà la preuve que ses réformes fonctionnent, car de plus en plus de patients consultent un médecin hors des urgences. « Et plus il y aura de supercliniques, plus on risque d’arriver à de tels résultats », dit-il.

Nombre total de visiteurs aux urgences au Québec

2005-2006 : 2 607 441

2016-2017 : 3 743 707

Pourcentage de patients de 75 ans et plus

2005-2006 : 21,8 %

2016-2017 : 27,2 %

« La situation ne s’améliore pas », selon l’AMUQ

Président de l’Association des médecins d’urgence du Québec (AMUQ), le Dr Bernard Mathieu estime pour sa part que les supercliniques ne régleront pas le problème des urgences. « Les cas complexes n’iront pas en superclinique et continueront de venir aux urgences », affirme-t-il. Le Dr Mathieu ne partage pas du tout la vision optimiste du ministre Barrette et croit plutôt que la situation ne s’améliore pas dans les urgences des grands centres. « Ça prendrait plus de soins à domicile et de CHSLD. Ça prendrait plus de travailleurs sociaux et de physiothérapeutes, entre autres, mais les établissements sont si serrés dans leur budget que c’est souvent dans ces postes que l’on coupe en premier », dénonce le Dr Mathieu.

Camouflage de lits

Avec sa note de B+, l’hôpital de la Cité-de-la-Santé à Laval arrive deuxième dans sa catégorie au palmarès des urgences. Or, ces données ne reflètent pas totalement la réalité, affirme la porte-parole du Parti québécois en matière de santé, Diane Lamarre. Car à la Cité-de-la-Santé, une moyenne de 66 lits de débordement sont utilisés quotidiennement, selon les données du ministère de la Santé. « Or ces lits n’entrent pas dans le calcul des statistiques des urgences. Ces données cachent la sous-performance des urgences », critique Mme Lamarre. Le ministre Barrette estime pour sa part que les unités de débordement, utilisées depuis des années au Québec, ne servent pas à cacher des patients. « L’objectif avec la cible d’une durée moyenne de séjour de 12 heures maximum est de limiter l’inconfort du patient. Dans les unités de débordement, on les amène dans de meilleurs environnements », dit-il. Mais pour Mme Lamarre, il est évident que les réformes du ministre Barrette ne fonctionnent pas : « En 2016-2017, 20 000 personnes de plus ont quitté les urgences sans avoir vu de médecin. […] On travaille sur les symptômes plutôt que sur la maladie. Ça prend une première ligne plus forte en donnant plus de pouvoir à d’autres professionnels et ça prend des soins à domicile. Un vrai plan à ce sujet. »

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